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L’expertise a mis en avant le rôle majeur de l’élevage dans les flux d’azote et les des impacts potentiels sur l’environnement qui en résultent. En France ( pays possédant une agriculture moins intensive que la Belgique ) , les apports annuels d’azote pour fertiliser les sols proviennent pour un peu plus de la moitié des engrais de synthèse (2110 kt), pour un peu moins de la moitié des effluents d’élevage (1820 kt) et la fixation symbiotique d’azote par les légumineuses représente un peu plus de 500 kt. Plus des 3/4 de l’azote est utilisé pour la production d’aliments pour animaux qui consomment 70% de la biomasse végétale produite. Mais le territoire national n’est pas homogène et la pression en azote organique et minéral varie fortement en fonction de l’orientation agricole des cantons français. Les plus fortes pressions azotées se situent dans territoires qui combinent des productions de ruminants et de monogastriques, les quantités d’azote contenues dans les effluents y dépassant parfois largement les capacités d’absorption des surfaces agricoles sur lesquelles elles peuvent être épandues et valorisées par les végétaux.

Inversement d’autres territoires d’élevage, plus extensifs, connaissent des pressions azotées très faibles. Rôle déterminant de la concentration spatiale des élevages dans les impacts des pollutions azotées.

Le mouvement de concentration géographique de certaines filières d’élevage a souvent été mis en avant comme un élément déterminant des excédents d’azote dans les zones d’élevage. Les moteurs de cette évolution ont été étudiés dans la littérature scientifique. Ils sont de natures technique, économique et juridique. La littérature pointe la difficulté de sortir d’une trajectoire d’intensification et de spécialisation, notamment parce que le fonctionnement technique et économique des acteurs des filières – producteurs d’intrants, éleveurs, transformateurs – sont étroitement liés.

 

Le cadre d’analyse de la « cascade de l’azote » rend compte de la dynamique des flux d’azote issus des élevages.

La transformation des produits végétaux par les animaux est partie intégrante du cycle biogéochimique de l’azote et c’est ainsi que les scientifiques ont longtemps abordé les flux d’azote en agriculture. La cascade de l’azote fournit un cadre d’analyse qui permet d’expliciter les relations entre les systèmes de production animale et l’environnement : elle met en évidence toute la chaîne de transferts et de transformation de l’azote réactif dans les différents compartiments de l’environnement (et toute la chaîne d’impacts qu’il occasionne à différents niveaux. Dans cette cascade, la consommation de produits végétaux par les animaux génère des composés azotés très mobiles et réactifs (urée, azote ammoniacal et nitrique, acides aminés) qui vont se retrouver plus ou moins rapidement sous forme de nitrate dans l’eau, d’ammoniac et de protoxyde d’azote dans l’atmosphère.

La cascade de l’azote rend également compte de la variabilité des flux d’azote dans les systèmes de production et montre notamment que les différentes formes d’azote réactif doivent être considé- rées à des niveaux spécifiques, du niveau très local pour les impacts sur un écosystème sensible voisin (par exemple avec les dépôts de NH3), au régional pour les impacts sur la qualité des eaux et de l’air (NH3, NO3) et niveau au global pour le changement climatique (émissions de N20). Importance des émissions de NH3, la question de l’azote ne se réduit pas à celles du nitrate

L’ammoniac, d’abord étudié pour son rôle dans l’acidification et l’eutrophisation des milieux, est aujourd’hui examiné dans le cadre de la pollution de l’air par les particules à l’échelle régionale.La contribution de l’élevage aux émissions nationales est de 80% si les seules émissions issues des effluents d’élevage sont comptabilisées, et jusqu’à 90% si on tient compte du fait qu’une grande partie des engrais industriels est employée sur les cultures utilisées pour produire des aliments destinés aux animaux.

Le premier contributeur est l’élevage bovin, mais il présente aussi des modes de conduite à même de réduire le potentiel d’émissions, comme l’utilisation du pâturage. Alors qu’en France, la question du nitrate a longtemps focalisé les débats, dans certains pays d’Europe du Nord, l’ammoniac est de longue date au centre des préoccupations. Risques et impacts dépendent des territoires Un même niveau de pression azotée peut conduire à des impacts environnementaux différents selon la sensibilité du milieu et sa capacité à valoriser ou éliminer l’azote apporté par les effluents dles animaux. Les teneurs en nitrate des eaux ne dépendent en effet pas seulement du niveau de surplus des bilans azotés mais aussi de la sensibilité des territoires (climat, types de sol…) et des modes d’occupation des sols (densité animale, part des terres agricoles dans les utilisations totales des surfaces, importance des prairies permanentes…).

En particulier, la présence largement majoritaire de prairies au sein des territoires réduit les risques pour l’environnement, à la fois celui de fuites de nitrate et celui d’émissions d’ammoniac. En outre, d’autres sources de variations rarement quantifiées peuvent jouer un rôle dans l’impact des excédents d’azote sur l’environnement : stockage d’azote dans le sol, autres pertes gazeuses, inhibition de la nitrification, allongement des temps de résidence dans les aquifères… Efficience de l’azote faible et variable en fonction de l’échelle où elle est évaluée L’efficience, c’est-à-dire le rapport entre les entrées d’azote et les sorties valorisées, calculée au niveau de l’animal est faible : moins de la moitié de l’azote ingéré se retrouve dans le lait, les œufs ou la viande sous forme de protéines ; la majeure partie de l’azote étant donc rejetée dans l’environnement.

A l’échelle de l’exploitation d’élevage, l’efficience d’utilisation des intrants azotés s’accroît du fait du recyclage des déjections animales et de leur valorisation agronomique ; elle reste néanmoins faible (généralement inférieure à 50%) et très variable. Les systèmes de productions animales se caractérisent par des apports d’azote (aliments, engrais, fixation symbiotique pour les principales) et des émissions (nitrate, NH3, N2O,N2) vers l’environnement très diversifiés, des flux entrant qui se combinent à des flux internes au sein du système qui sont étroitement liés. Au final, la recherche d’efficience doit prendre en compte l’ensemble du système : une amélioration à l’échelle d’un maillon (par exemple, au stade de l’alimentation animale) pouvant entraîner une dégradation sur un autre maillon et donc ne pas se traduire par l’amélioration globale de l’efficience à l’échelle de l’exploitation. La littérature montre également que, de manière générale, plus un système est productif par unité de surface, plus le risque de fuites d’azote vers l’environnement est important.